A-t-on encore le droit de critiquer Jean-Michel Blanquer ?

FIGAROVOX/TRIBUNE – Des élus de droite, membres du mouvement «Oser la France», reprochent au ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer de ne pas avoir de réelle ligne directrice pour l’école, malgré des réformes dont certaines vont dans le bon sens. Eux plaident pour un retour à une «école de la transmission».


Bérengère Poletti, députée des Ardennes ; Julien Aubert, député de Vaucluse ; Stéphane Viry, député des Vosges ; Bernard Brochand, député des Alpes-Maritimes ; Thibault Bazin, député de Meurthe-et-Moselle ; Jean-François Parigi, député de Seine-et-Marne ; René-Paul Savary, sénateur de la Marne ; Alain Dufaut, sénateur de Vaucluse ; Anne Lorne, Conseillère régionale de Rhône-Alpes-Auvergne ; Stéphane de Sallier Dupin, conseiller régional de Bretagne ; Alexandre Rassaërt, maire de Gisors et conseiller départemental de l’Eure ; Pierre Laget, adjoint au maire des 11ème & 12ème arrondissements de Marseille chargé des Finances.


Depuis le début du nouveau quinquennat, la droite française s’exempte d’exercer son esprit critique vis-à-vis de l’action de Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education nationale. Sans doute est-ce parce qu’il nous rappelle trop ce que nous n’avons pas fait, miroir vivant de nos renoncements, mais aussi parce qu’il nous flatte en réfutant l’orthographe inclusive ou la méthode semi-globale, en voulant interdire le téléphone portable au collège, en évoquant la sélection à l’entrée de l’université, en mettant en valeur les fondamentaux de l’instruction – le fameux triptyque lire-écrire-compter, et surtout en donnant le sentiment de prendre le pas sur les «pédagos» de la rue de Grenelle et leur vocabulaire abscons.

Avec le dédoublement des classes de CP, la ruralité a de nouveau été sacrifiée au profit de la fameuse « politique de la ville ».

Pourtant, lorsque l’on recense objectivement les réformes engagées par le ministre, la communication ne dissimule pas les limites de sa politique. Certes, il y a eu quelques avancées, ou plutôt quelques correctifs appliqués à la politique de l’Attila qui l’a précédé (là où Najat passe, l’école trépasse). Le meilleur exemple en a été la liberté donnée aux communes de faire le choix entre la semaine de 4 jours et celle de 4 jours et demi.

Néanmoins, on ne peut pas être aussi positifs sur toutes les décisions. Ainsi, le dédoublement des classes de CP pour faciliter les apprentissages fondamentaux a été uniquement réservé aux ZEP et ZEP +, c’est-à-dire essentiellement dans les quartiers dits sensibles et très peu dans la France périphérique ou dans la France des «classes moyennes». Jean-Michel Blanquer a déshabillé Paul pour habiller Jacques et c’est la ruralité qui a de nouveau été sacrifiée au profit de la fameuse «politique de la ville». L’avenir de ce pays n’est-il pas également dans les replis de son territoire millénaire? Où est passé le service public dans cette inégalité de traitement?

De même, la transformation d’Administration Post Bac (APB) en Parcoursup a tourné à une séance du jeu de société bien connu «Taboo» avec interdiction de prononcer le vilain mot «sélection». Il en a résulté un remodelage informatique ne résolvant pas les causes de l’échec d’APB. Nous ne sommes pas sûrs que l’accès à l’enseignement supérieur en sera simplifié mais plutôt que la sélection se fera sur la seule capacité à comprendre… la nouvelle plateforme d’orientation en ligne.

On pourrait aussi gloser sur la réforme du baccalauréat, dont nous comprenons difficilement les objectifs sauf à y déceler la patte de Bercy qui souhaiterait faire des économies sur le coût du Bac. Un jour, on nous parle de disciplines majeures et mineures, le lendemain, d’un Bac sur mesure. La philosophie générale n’est pas exempte de critiques: l’examen avec anonymat des corrections garantit toujours une meilleure égalité de traitement que le contrôle continu, nécessairement variable d’un enseignant à l’autre et d’un établissement à l’autre. Il n’y a pas de mérite sans égalité de traitement. Plutôt que de s’attaquer au fond des choses, le ministre s’attaque à l’outil de mesure, méthode politique de l’ancien monde.

Pendant qu’on annonce un grand big-bang du mammouth, l’essentiel reste à faire. Ces réformes donnent-elles plus de liberté aux chefs d’établissements et au corps professoral pour exercer leur métier en fonction de ce qu’ils savent des jeunes qui leur sont confiés? Absolument pas. Donnent-elles les moyens aux enseignants et aux chefs d’établissement de se faire respecter dans leur école, leur collège ou leur lycée? L’épisode du Lycée Gallieni de Toulouse est la preuve que non.

Que nous dit d’ailleurs le ministre de la fonction éducative de l’école au moment où les violences verbales et physiques se multiplient entre les élèves et vis-à-vis des professeurs? Pas grand-chose.

Ces réformes révèlent-elles enfin une vraie ligne directrice quant à ce que doit être l’objectif de l’Éducation nationale? C’est à débattre.

Plutôt que de s’attaquer au fond des choses, le ministre s’attaque à l’outil de mesure, méthode politique de l’ancien monde.

Les «pédagos» avaient pour objectif de former de jeunes citoyens émancipés des déterminismes sociaux de leur famille, de leur milieu social, de leur territoire. C’était le rêve de M. Peillon, disciple de Bourdieu: former de jeunes citoyens théoriques déracinés de leur environnement historique, géographique et sociologique. M. Blanquer, certes, s’en détache mais c’est immédiatement pour faire des neurosciences la nouvelle ligne directrice de son action comme s’il fallait toujours un nouveau remède miracle, en oubliant que les neurosciences ne sont pas une science exacte et aboutie. Et puis il y a également, en deuxième rideau, l’idéologie dominante de ce «nouveau monde» qui veut que l’entreprise soit l’alpha et l’oméga de la construction sociale et qu’il faille tout lui assujettir, la famille, la collectivité, la vie associative et enfin… l’école. Après avoir voulu produire des petits citoyens libres parce que déracinés, ne va-t-on pas demander à l’école de fournir de petits outils de production heureux, parce que sublimés par leurs fonctions de producteurs-consommateurs?

Oui, l’entreprise est importante parce que le travail construit socialement nos concitoyens. Mais l’école n’a pas pour but unique de lui fournir de la main-d’œuvre. Elle ne peut pas passer de l’idéologie de Bourdieu à celle de l’utilitarisme anglo-saxon. Si un élève doit savoir lire, écrire et compter ce n’est pas uniquement pour occuper sa place de producteur dans l’entreprise mais également pour apprendre La Fontaine et envoyer un courriel en français à sa grand-mère. Et si l’éducation consistait à permettre le développement de la personne pour elle-même? Nous croyons qu’il est grand temps d’affirmer une philosophie humaniste et non-utilitariste de l’enseignement, au moins jusqu’au collège.

La droite comme la gauche devraient vouloir une école qui transmet les savoirs et les savoir-être autant que les savoir-faire en leur donnant du sens.

La droite aura-t-elle le courage de dire qu’elle veut une école de la transmission, une école dans laquelle on admet que le professeur transmette et que l’élève apprenne? Cinquante ans après, il faut ouvrir le procès de Mai 68, qui a brisé l’école et donc la République. La transmission libère parce qu’elle révèle à l’enfant d’où il vient ce qui lui permet de mieux savoir où il va. L’école de la transmission est aussi celle qui apprend à l’élève qu’il vit dans une communauté dans laquelle il occupe une place précieuse, que la place des autres a tout autant de valeur et qu’ensemble on fait toujours plus que seul. La droite comme la gauche devraient vouloir une école qui transmet les savoirs et les savoir-être autant que les savoir-faire en leur donnant du sens. L’école ne doit pas former de petits techniciens mais éduquer de petits hommes.

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