Intervention sur la politique jeunesse au Conseil régional – le 21 septembre 2011

Chers jeunes

Merci pour votre engagement, merci pour votre travail, vous êtes la preuve que votre génération n’est pas la génération galère que les sociologues veulent décrire, mais la jeunesse éternelle, celle qui peut bousculer, peut rafraichir si on ne vous institutionnalise pas trop vite. Vous avez fait l’apprentissage de la démocratie celle dans laquelle s’expriment la majorité et l’opposition. Pour moi, l’unanimisme est un piège. Quand tout le monde pense la même chose, plus personne ne pense. Nous sommes différents mais nos échanges, parfois viriles ne nous empêche pas de nous respecter. Voilà quelques mots liminaires qui expliquent la tonalité de mon propos.

 

Monsieur le Président,

Un avis général sur le document qui nous est soumis puis un point particulier.

Un avis général, de quoi s’agit-il ?

  • Un catalogue de mesures dont certaines existent déjà au titre des compétences obligatoires, d’autres qui sont proposées hors compétences dont on apprend ce matin dans la presse qu’elles seraient hypothétiquement financées à échéance 2014.
  • Un propos introductif qui est un travail universitaire classique dont on voit parfois émerger quelques apriori idéologiques.

Dans ce propos introductif, et cela fait l’objet de mon premier point, figure la question de la relation des jeunes avec leur famille.

Quelle est notre conception de la famille. Nous pensons que la famille est la cellule de base de la société, qu’elle est le lieu de croissance de la personne jusqu’à favoriser sa prise d’autonomie et après. Nous pensons en outre que la famille est le lieu des premières solidarités, parfois les plus généreuses, souvent les plus efficaces, toujours les moins administrées.

Nous pensons que la famille est la meilleure des solidarités pour les personnes, notamment pour les jeunes. Nous pensons également qu’elle est le meilleur « corps intermédiaire » évitant une dépendance totale par rapport à la puissance publique, qu’elle soit l’Etat ou les collectivités.

Ne perdons jamais de vue ce dernier point. N’oublions jamais comment sont nées les politiques « jeunesse » dans l’Europe d’entre deux guerres, trop souvent au service de l’Etat et pas assez au service des familles et des jeunes .

Revenons au texte que l’on nous propose et à la façon dont il aborde la question de la famille.

Dans le propos introductif, je cite « Avec un chômage des jeunes actifs de moins de 25 ans de 24%, une course effrénée aux diplômes, un maintien dans la dépendance parentale de plus en plus fort, une précarité accrue, la situation actuelle des jeunes français n’est pas facile. Les inégalités qui traversent chaque génération sont beaucoup plus fortes que les inégalités entre les générations. La reproduction sociale a peu diminué. Au contraire le déterminisme est encore plus fort. Et le contexte français, où la famille est le principal est le principal soutien des jeunes, a accentué les inégalités. »

Pourquoi évoquer le rapport des jeunes à leur famille à une relation de dépendance ? S’agit-il de substituer la dépendance de la puissance publique à la dépendance de la famille ? Le terme est maladroit. Dire de la famille qu’elle est avant tout un lieu de reproduction sociale est à la fois indigne, irrespectueux des valeurs qui fondent la famille. Regretter que la famille soit le principal soutien des jeunes est surréaliste.

Dans le point sur les valeurs de la jeunesse bretonne on titre : « La jeunesse bretonne : des valeurs plutôt conventionnelle en apparence… » – la famille est-elle vraiment une valeur conventionnelle ? – et le rédacteur de regretter que les premières valeurs des jeunes bretons soit d’abord la famille, les amis, les relations de travail » comme si l’attachement à ces valeurs n’étaient pas non plus l’expression d’un engagement social. Pourquoi, ne pas se réjouir que ces valeurs soient globalement ancrées et partagées  par la majorité des jeunes.

Tout cela laisse en arrière plan une vision très méfiante de la famille et de son rôle. Nous lisons dans cette méfiance l’héritage des hommes et des femmes de 68 qui figurent en exergues de ce document : Pierre BOURDIEU et Philippe MERIEU. Les jeunes étudient aujourd’hui le mouvement de 68 dans les livres d’histoire et n’adhérent pas à ces valeurs qui sont des valeurs du passé et dont ils expérimentent quotidiennement leurs conséquences néfastes.

Vous développez Madame la Vice-présidente l’idée d’une génération galère. A force de le répéter aux jeunes, à force de se flageller sur l’échec de la génération précédente, nous instillons le pessimisme aux jeunes qui nous entourent en leur disant, « nous ne voudrions pas vivre ce que vous vivez » au lieu de leur dire « tu as un monde à construire ».

N’est ce pas parce que la génération sortante, celle qui a dit

  • Il est interdit d’interdire
  • À bas la société spectaculaire-marchande
  • Désirer la réalité, c’est bien ! Réaliser ses désirs, c’est mieux
  • À bas la société de consommation
  • Agissez, sabotez, ne votez pas,

Cette génération qui voulait la révolution, a échoué et n’a créée que de l’individualisme dans un monde qu’elle ne comprend plus ?

« Dans la révolution, il y a deux sortes de gens, disait Napoléon : ceux qui la font et ceux qui en profitent. »

Faut-il  transmettre cette désillusion aux jeunes ?

Revenons au catalogue.

Il est un point qui me tient à cœur et j’ai eu l’occasion d’interpeler Jean-Michel LE BOULANGER à plusieurs reprises à ce sujet.

Dans l’engagement N°37, « Le Conseil régional de Bretagne déclinera sa nouvelle politique culturelle en direction de la jeunesse en s’appuyant sur une démarche d’appel à projets destinée aux pays, EPCI, établissements scolaires, équipes artistiques, lieux culturels, missions locales… qui sera lancée à l’automne prochain, pour un démarrage des actions au premier trimestre 2012. »

Qu’en est-il des associations de jeunes qui organisent notamment de multiples événements musicaux toute l’année. Je pense de nouveau au festival ANDEL’IR à ANDEL, au festival UVAS PASSAS à MERDRIGNAC, au festival Thélocalisé à SAINT-THELO… Pourquoi privilégier les structures publiques contrôlées alors que des structures associatives où s’organisent les jeunes, les « vrais » corps intermédiaires voulus et animés par les jeunes, notamment en milieu rural, sont exclus de cet appel à projet.

En conclusion, pourquoi en telle méfiance vis-à-vis des corps intermédiaires, de ces organes et de ces muscles du corps social qui font la liaison indispensable entre la personne et la puissance publique.

Certes, la famille n’a pas de conseil d’administration où la Région aurait une minorité de blocage. Certes, les associations de jeunes dont je parle, ne donnent pas de siège à la Région dans leur structure. Et alors, est-ce pour cela qu’ils sont oubliés.

Chers jeunes, ne vous institutionnalisez jamais, chers jeunes, pensez par vous-mêmes, chers jeunes soyez libres avant tout.

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